Les stratégies de parole ou la recherche de la fluidité à tout prix.
Salut !
J’espère que tout va bien pour toi. Pour ma part, je suis en phase descendante. Ne sois pas triste, ça va passer, t’inquiètes pas.
En faite, je crois que le froid a eu raison de mon moral. En plus, pour me narguer j’imagine, cette semaine, il n’a fait beau que la semaine. Même le temps se paie ma tête ! Et cela se ressent sur ma parole.
Depuis quelques temps, je sens qu’il est de plus en plus difficile de parler. Bon, j’avoue que je ne fais plus du tout mes exercices. Oui, je sais, je devrais. Mais je n’y arrive pas. Pire encore, je sens que ma motivation commence à s’effriter. Est-ce un des symptômes de la déprime hivernale ? Je n’ai plus envie de rien. Je suis carrément en mode larve en ce moment.
Oui, je dois me ressaisir, je le sais. Mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Surtout quand tu te rends compte que tu n’arrives plus à en placer une. C’est un peu la malédiction des bègues ça. Dès que le moral est en baisse, tout le monde le remarque. Toi, le premier.
Il suffit que la fatigue se fasse ressentir pour que les mots aient plus de mal à sortir. Alors, tu commences à t’énerver : « c’est pas possible, pourquoi je n’arrive pas à parler en ce moment ? ». Puis, tu te rends compte que ça te stresse de plus en plus. Et qu’en plus de ça, le fait de forcer pour sortir tes mots te fatigue aussi de plus en plus. En bref, c’est la spirale infernale : la fatigue et le stress engendrent encore plus de fatigue et de stress etc…
Je me dis à longueur de journée qu’il faut que je parle moins vite, que je prenne le temps de faire des pauses, que je dois faire mes exercices… Mais rien n’y fait. Je n’y arrive pas. C’est comme ça. Donc tu essayes autre chose, tu expérimentes et c’est à ce moment que se développent « les stratégies de paroles ».
Si tu es bègue, tu sais sans doute de quoi je veux parler. « Ces stratégies de parole » sont des emplois de mots que j’appelle « mot-tremplin » comme « mais », « donc », « enfin », « et » (celui-là est très présent chez moi) en début ou au sein de la phrase ou cette tendance à faire semblant de chercher un mot quand celui-ci ne veut pas sortir. Bref, ces petites choses qui semblent nous rendre plus fluides. MAIS QUE NENNI ! (attention, je m’énerve).
En fin de compte, elles nous pourrissent car elles deviennent de véritables parasites. Personnellement, pour commencer une phrase, je sais que je répète plusieurs fois le mot « et ». En plus de passer pour un imbécile, ça ne m’aide pas du tout puisque ce mot est devenu une constante. Il parasite chacune de mes phrases. Et il est tenace le saligot ! C’est maintenant particulièrement difficile de m’en défaire. J’ai déjà essayé consciemment de ne plus l’employer mais, en plus d’avoir encore plus de difficulté à m’exprimer, il me manque. Donc, je le réutilise. Ces « stratégies de parole » sont nos TICs de langage à nous, les bègues. On s’y attache et on s’empoisonne (désolé…) pourrait difficilement s’en passer. Encore cette satanée de résistance au changement.
Cette semaine, tu as dû te rendre compte que l’article était un peu moins positif que d’habitude. Oui, tu as raison. En même temps, la personne qui me dit qu’elle n’a jamais de baisse de moral, je la traite de menteuse ! Mais en vérité, c’était une excuse pour parler des stratégies de parole.
Ces stratégies que nous avons tous sont les ennemies même de la parole fluide naturelle. Elles sont le symbole de la parole contrôlée. C’est pour cela qu’elles sont à bannir le plus tôt possible. Sinon, il va être encore plus difficile de s’en détacher. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire… Pour ma part, j’en ai tellement que cela va me prendre un certain temps avant de m’en défaire. Et quand je réussis à en faire disparaitre une, une autre apparait. Un combat perdu d’avance ? Peut-être… Pourtant, je suis persuadé qu’aucune ascension n’a été facile. Elles sont faites de difficultés à surmonter, de chutes mais aussi (et surtout) de petites réussites qui, mises bout à bout, nous font parvenir au sommet.
Ainsi, même si l’ascension parait particulièrement difficile en ce moment, je sais que j’y arriverai. Mon but à atteindre : une parole non-contrôlée qui me procure du plaisir à parler et échanger. Pour la parole fluide, on va attendre un peu…
Allez, je te laisse vaquer à tes occupations dominicales. Je te souhaite une excellente semaine et on se retrouve dimanche prochain.
Romain
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